Google+ Followers

dimanche 4 octobre 2009

Manifestation pour la liberté de la presse en Italie







Des dizaines, voire des centaines de milliers de manifestants étaient attendus, samedi après-midi 3 octobre 2009, Piazza del Popolo, à Rome, à l'appel de la Fédération nationale de la presse, pour "défendre la liberté d'information".



Des mobilisations étaient prévues également dans une douzaine d'autres villes italiennes et européennes, notamment à Londres, Paris et Bruxelles.
Voici un article paru dans "le Monde"
Pour Roberto Natale, le président de la Fédération nationale de la presse, un syndicat de journalistes italiens, "l'air est devenu pesant pour le système de l'information".
La liberté serait menacée, comme le feraient craindre les limitations de la publication d'informations en matière d'affaires judiciaires que le Parlement s'apprête à voter, mais surtout les attaques répétées contre les journaux de la part de Silvio Berlusconi, le président du Conseil, toujours plus empêtré dans le scandale lié à ses fréquentations de mineures et de call-girls.
Tout a commencé par ses "invitations" aux investisseurs publicitaires à boycotter les journaux qui dérangent, pour passer ensuite aux injures à l'encontre de journalistes qualifiés "crapules" et à la décision de poursuivre en justice les quotidiens La Repubblica et l'Unità.
Le premier était jugé coupable de publier, chaque jour, dix questions suscitées par l'interprétation de l'affaire faite par M. Berlusconi et l'absence de réponses sur sa "maladie", dénoncée par sa propre épouse, Veronica Lario.
Mais, après le crescendo de mises en garde, cet été, contre la presse écrite, l'automne s'annonce comme un tourbillon de menaces de mises au pas contre des émissions télévisées qui, à la rentrée, ont plongé sur le scandale.
C'était le cas jeudi soir d'"Anno Zero", une émission de Rai 2. Le journaliste Michele Santoro, chassé déjà une fois par la volonté de M. Berlusconi puis réintégré par la justice, a tenu le cap malgré les avertissements de l'entourage du Cavaliere.

Du coup, plus de sept millions de téléspectateurs ont suivi devant leur récepteur le récit de filles évoquant les cachets reçus pour passer leurs soirées avec le président du Conseil.
Et, pour la première fois, figurait en direct sur un plateau télévisé italien Patrizia D'Addario, la call-girl qui a passé une nuit avec le Cavaliere avant d'être candidate sur une liste berlusconienne au conseil municipal de Bari.
Le clou de l'émission a été lorsqu'elle a affirmé que Silvio Berlusconi "connaissait son métier", ce que le Cavaliere a toujours nié.
Dans un pays où l'institut de recherche Censis explique que 70 % des personnes se forment une opinion par la télévision, une telle émission peut avoir une influence.

Alors que l'affaire des call-girls et des mineures a fait le tour du monde, les téléspectateurs italiens n'ont pu s'en faire jusqu'ici qu'une vague idée.
En ligne de mire de l'opposition, le directeur du journal télévisé de Rai 1, Augusto Minzolini, voulu à ce poste par le Cavaliere, qui a réussi l'exploit de ne le citer qu'à demi-mot.
Ce silence est désormais remis en cause.
Une émission satirique de Rai 3 met en scène, depuis mardi, une mini-fiction de deux minutes, "Lost in WC", où deux filles se trouvent enfermées dans ce qui est présenté comme la salle de bains du Palazzo Graziosi, la demeure romaine du Cavaliere.

Des photos, cet été, montraient deux filles justement dans la vraie salle de bains, en attente de rencontrer leur hôte. Pour la joie des téléspectateurs de plus en plus nombreux, et la rage du Cavaliere qui se dit "indigné" mais semble surtout incapable de colmater la brèche récemment ouverte.
Cela va dans le sens de ce que Silvio Berlusconi et les siens dénoncent depuis toujours.
La manifestation de samedi n'est qu'"une farce", soutiennent-ils.

La vraie menace viendrait de la gauche qui contrôle 85 % des journaux et les principales émissions d'information télévisée.
Pour Paolo Gentiloni, responsable de l'information pour le Parti démocrate (centre gauche), "la crise économique a fragilisé les journaux et les rend aujourd'hui plus sensibles aux pressions. D'où le risque pour la liberté d'expression, compte tenu de l'anomalie que constitue un président du Conseil qui contrôle, directement ou via sa famille, un empire médiatique fait de maisons d'édition, de quotidiens, de périodiques et de trois des chaînes nationales et qui, en tant que chef du gouvernement, devient automatiquement aussi le référent du service public télévisé".
La Rai s'est toujours distinguée pour ses liens profonds avec le pouvoir, qu'il soit de gauche ou de droite.

Le Cavaliere ne s'est pas privé de le confirmer dans les faits.
Reste la question du conflit d'intérêts : pourquoi la gauche n'a-t-elle rien fait pour le corriger ?
Paolo Gentiloni ne cache pas qu'il s'agit de la plus grave erreur de son camp: "Nous avons eu, entre 1997 et 1999, avec des majorités solides, la force et la capacité de faire approuver une loi pour réglementer (le sort de l'audiovisuel public), mais à l'époque tout a été subordonné au dialogue avec Berlusconi pour une réécriture du système institutionnel."
Plus de dix ans ont passé. La question du conflit d'intérêts n'a pas été ouverte, et la presse est désormais menacée."

Aucun commentaire: