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jeudi 2 mars 2017

Sergueï Chtchoukine et sa fabuleuse collection à la Fondation Vuitton à Paris





La collection Chtchoukine est un' exposition-événement à la Fondation Louis Vuitton à Paris pour découvrir 130 chefs-d’œuvre de l'art moderne.


Plus d'un million de visiteurs ont pu admirer l’exposition "Icônes de l'Art Moderne" qui vient d’être prolongée jusqu’au 5 mars, suite à l' énorme succès auprès du public. 





Toute une salle aux murs couverts de toiles de Matisse, une autre où sont rassemblées les Tahitiennes de Gauguin, des paysages signés Monet, Cézanne, Derain et tant d'autres : Picasso, Seurat, d'Edward Burne-Jones, Eugène Carrière, Gustave Courbet, Maurice Denis, Edgar Degas...


Quatre étages, avec des tableaux dont certains n'étaient plus revenus en France depuis cent ans, depuis que Sergueï Chtchoukine les a achetés, entre 1898 et 1914. 








Les Chtchoukine, une famille de collectionneur d’art
Sergueï Chtchoukine est un grand industriel russe du textile. Dans sa famille, on est collectionneur d'art, car c'est un marqueur social. 
 Lui, francophone, choisit de se distinguer en montant une collection d'art contemporain français.
« La Russie est très francophone, très francophile, remarque Anne Baldassari, la commissaire de l'exposition. 
Cette collection, ça lui semble, à l’époque, ce qu’on pouvait faire de mieux à Moscou. Moscou est surtout chic. 
Ceci dit, c’est une collection d’impressionnistes, de post-impressionnistes et des avant-gardes françaises qu’il va créer. Et là, cela va être beaucoup moins facile à défendre pour lui. Il sera beaucoup critiqué. 
La vox populi chic considère qu’il est entre les mains des marchands parisiens et qu’il est mené aveuglément à produire une collection qui est insensée, selon les critères de l’époque. »





Bouleversé par Matisse et Picasso, il achète leurs œuvres.
Au début, lors de ses premiers voyages à Paris, Chtchoukine est guidé par son intérêt pour les impressionnistes, notamment pour Monet, à qui il va acheter 13 tableaux. 
Et puis, chaque fois qu'il est bouleversé par une œuvre, il l'achète, pas forcément tout de suite, mais il va ainsi reconstituer chez lui une exposition des toiles de Gauguin quelques années après l'avoir vue. 
Enfin, Chtchoukine se lie avec des artistes dont il suit le travail. 
Il achètera 50 Picasso, 38 Matisse... 












Chtchoukine se caractérise par sa fidélité aux artistes, même dans la tourmente, comme lorsqu'il commande à Matisse, pour décorer son escalier, ces deux célèbres tableaux, La Danse et La Musique, où apparaissent des corps nus, rouges, sur fond vert et bleu...
 

« Je dois être plus courageux »
"La Danse et La Musique" ont fait scandale à Paris, au Salon d’Automne de 1910, quand elles ont été présentées, raconte Anne Baldassari. 
Cela avait provoqué un tollé général. Chtchoukine avait failli renoncer à son acquisition. 
Il commence annuler sa commande, parce qu’il a peur face à la réaction parisienne. Et puis, il l’écrit à Matisse dans le train qui le ramène en Russie, il dit : j’ai honte, je dois être plus courageux. Je dois être capable de vous défendre. 
Je confirme ma commande. Et finalement, les tableaux vont arriver à Moscou. Et là, cela va être terrible. 
Cela va être devenir un objet de moquerie générale. Cela montre cette fidélité de Chtchoukine à Matisse. »


Sergueï Chtchoukine expose donc tous ces tableaux chez lui. Ils sont même un peu entassés dans son Palais Troubetskoï.  
On le voit sur une photo d’époque : 50 toiles sur les murs d'un cabinet de 25 mètres carrés ! 
C'est après une succession de drames personnels en 1905-1906 qu'il a l'idée d'ouvrir ses portes au public.

 
Paul Gauguin, Aha oé feii ? (Eh quoi, tu es jalouse ?),1892. 
 ©Fondation Louis Vuitton-Martin Argyroglo
 
Transformer le chagrin en collection d’art
« Sergueï Chtchoukine a quatre enfants, explique son petit-fils, André-Marc Delocque-Fourcaud. 
Le plus petit, à 17 ans, disparaît. 
Six mois plus tard, la femme de Chtchoukine meurt littéralement de chagrin. 
C’est ça qui va totalement changer le regard de Chtchoukine : cette collection mondaine va devenir pratiquement une cure contre le malheur. 
Et comme il ne veut pas souffrir, il va agir. 
Il réagit en tant que patron et se dit : je vais faire quelque chose. 
Alors il va créer un musée d’art moderne. 
Un an plus tard, il ouvre sa demeure et commence par la salle à manger à aligner un panorama de 16 Gauguin sur le mur de la salle à manger, parce qu’il a une logique de musée. »

Sergueï Chtchoukine et les avant-gardes russes
 Du coup, Chtchoukine va avoir une réelle influence sur les jeunes artistes russes de l'époque. 
Et pour le montrer, l'exposition confronte les œuvres d'artistes russes comme Malevitch aux toiles cubistes de Picasso.
« Les œuvres de Matisse et Picasso ne sont pas présentées à Paris. Depuis l’atelier, ils vont directement à Moscou. 
Et cette peinture encore fraîche arrive à Moscou et va y mettre le feu à ces jeunes peintres qui vont porter à ce qu’on appelle aujourd’hui ‘les avant-gardes russes’. 
C’est chez Chtchoukine que cela se passe. 
C’est lui qui accueille ces jeunes peintres, il les guide dans sa collection. 
Et il va également acheter des œuvres pour eux. Pour nourrir ce feu. »
Tout ceci s'arrête avec la guerre, puis la révolution de 1917. Chtchoukine, le collectionneur, visionnaire, laisse ses tableaux derrière lui en quittant la Russie. 
Nationalisés, ils sont depuis 70 ans dispersés entre le Musée Pouchkine et l'Ermitage
C'est la première fois qu'elles sont à nouveau rassemblées en un même lieu.


 
Le salon Picasso au Palais Troubetskoï, 1914. © Moscou, Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine. Photo ©Albom photorpher Pavel Orlov, Beginning 1914

Jusqu’au 5 mars 2017 à la Fondation Louis Vuitton à Paris.




 

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