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samedi 4 septembre 2010

Edward Hopper à l'Hermitage de Lausanne





A ne pas rater l'exposition des oeuvres d'Edward Hopper (1882-1967), le plus américain des peintres à l'Hermitage de Lausanne.

Le propos est centré sur le processus créatif, du croquis à la toile finale.

En 1968, Josephine Hopper, dite «Jo», meurt de sa belle mort le 6 mars.
Cette dame de 85 ans est depuis neuf mois la veuve d’Edward Hopper, auquel elle a été mariée quarante-trois ans.
Elle resta même son unique modèle féminin.
Cette dame élevée de manière très chrétienne s’était ainsi retrouvée dans des positions peu catholiques.
L’érotisme tient en effet une part importante dans l’œuvre de l’artiste.
Les Romands peuvent aujourd’hui le vérifier à la Fondation de l’Hermitage.

Que faire de l’héritage? Il n’y a pas d’enfants.
Ou plutôt si, il en existe un de substitution.
Il s’agit du Whitney Museum of Art de New York, qui a acheté son premier Hopper en 1930 et a toujours veillé sur le peintre.
Josephine lui laisse donc entre 2500 et 3000 œuvres (les chiffres varient selon les sources).
Il y a là plusieurs invendus importants, les toiles de jeunesse, des gravures et une quantité énorme de dessins.
Formé de manière classique, Hopper toujours préparé ses tableaux avec d’innombrables esquisses, exécutées sur place au crayon Conté.

Ce patrimoine se voit largement exploité dans l’«Edward Hopper», qui ouvre ses portes ce vendredi à Lausanne. «Je ne voulais pas monter une rétrospective de plus», explique la directrice Juliane Cosandier, qui reprend, en version supérieure, une exposition créée par Rome et Milan.
«Je garde un souvenir ébloui de celle qu’avait montée en 1990 Charles Goerg pour le Musée Rath à Genève.»

Que faire? Eh bien raconter la genèse de quelques peintures importantes.
Le commissaire Carter E, Foster, issu comme il se doit du Whitney, confronte le résultat définitif avec les œuvres préparatoires. Le public voit tout se mettre doucement en place.
A un certain moment, le résultat semble clair. Hopper, qui travaille en studio à New York, ou dans sa maison de campagne, n’a plus qu’à le reproduire en grand et en couleurs.


On connaît la popularité de l’œuvre du peintre, succès qui se concentre sur les œuvres à résonance urbaine, où des hommes et des femmes très las sont ensemble sans jamais vraiment communiquer.
Elles ont été reproduites dans quantité de monographies. Des éditeurs les ont empruntées comme couvertures pour des romans ayant (ou non) des liens avec l’Amérique des années 30 à 60 (merci Actes Sud!).
Un de mes voisins de bureau utilise même «Night Hawks» de 1942 comme fond d’écran. «Je l’ai trouvé dans une liste de propositions informatiques et le tableau m’a tout de suite plu.»

Pourtant, et c’est la chose qui frappe devant les toiles originales présentées à l’Hermitage, l’artiste flatte peu le public. Outre le fait que les sujets se révèlent en réalité sinistres, il y a le refus du beau dessin, alors même que les esquisses sont exécutées d’un crayon particulièrement brillant.
La couleur reste sinon terne, du moins sourde. Les personnages, au visage stylisé et durci, refusent tout contact avec le spectateur.
Il n’y a enfin aucun effet spectaculaire du pinceau. Il s’agit bien là d’une peinture plate.
Aussi plate que peut l’être celle de René Magritte, autre artiste ayant assuré son pain quotidien par la publicité.

Pourtant, ces images nous parlent. Surtout celles dotées de personnages. Comment ne pas être touché par la femme assise sur son lit de «Morning Sun»?
Quelle énigme nous cache «Sept heures du matin»? Vers quel horizon regardent les deux femmes de «Soleil au balcon», qui fait l’affiche et la couverture du catalogue? S’il n’y a pas de métaphysique Hopper, comme il s’en trouve une chez Giorgio de Chirico, il existe bien chez lui un mystère.

Très intelligemment, en tenant compte de l’architecture prégnante de l’Hermitage, Carter E Foster a créé des sections thématiques.
L’une concerne la période parisienne de 1906-1910. On oublie trop que l’artiste s’est formé en Europe, regardant les musées et se moquant des avant-gardes.
Une autre regroupe les autoportraits, presque tous de jeunesse. Il y a là quelques dessins splendides. L’érotisme se cache dans un cabinet.
Aux essais très académiques correspond ici un tableau en rupture, «Girlie Show», posé comme il se doit par Mrs Hopper.
Les illustrations, de qualités très variables, se voient réunies dans un corridor. Vous saurez qu’Hopper a aussi exécuté ainsi une épouvantable couverture d’album pour une histoire de Jeanne d’Arc.

Que retirer de cette exposition réussie?
Qu’il faut finalement un regard pour aboutir à un résultat, même si le public populaire préférerait sans doute une guirlande de chefs-d’œuvre patentés.
Carter E. Foster peut être content de lui. Juliane Cosandier peut se montrer fière d’elle. D’ailleurs, elle rempile, «en dépit de l’âge».

«Edward Hopper, Fondation de l’Hermitage, 2, route du Signal, Lausanne, jusqu’au 17 octobre.
Tél. 021 320 50 01,
site www.fondation-hermitage.ch
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h. La Cinémathèque suisse organise parallèlement une rétrospective avec dix-sept films inspirés, de manière consciente ou non, par Hopper.
Site www.cinematheque.ch

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