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samedi 14 février 2009

Applaudir..Hydrogen Jukebox




Beatnik attitude...
Fin 1940, au sortir de la guerre nucléaire qui a entraîné l'Europe exsangue, fait basculer l'ordre planétaire, et saisit les intellectuels en un trauma qui a révélé la chute de la civilisation, trois écrivains américains se retrouvent à l'Université de Columbia et expriment chacun à leur façon le choc éprouvé: Williams Burroughs publie Le Festin nu (1959), Allen Ginsberg, Howl (1955), et Jack Kerouac, auteur de Sur la route (1957), formalise leur engagement et leur prise de conscience et se désignant désormais comme la Beat géneration, par référence aux vagabonds adeptes des trains de marchandises, nouvelle espèce de bohèmes émigrés, traversant un monde désormais éclaté...
Contre cette expérience du désenchantement, les intellectuels proclament l'ivresse des sens, la fin des règles étriquées de la bourgeoisie bien pensante.
Il faut jouir de la vie et choisir la démence de vivre.

A San Francisco, le groupuscule se fédère au cours des années 1950: toute une pensée libertaire inspire les beatniks, futurs hippies, anticipant la génération de mai 1968.

La genèse de Hydrogen Jukebox commence lorsque pour répondre à une commande de vétérans du Viet Nâm, exprimée en 1988, Philip Glass, né en 1937, part à la recherche d'Allen Ginsberg (1926-1997) qu'il a connu en Inde.

Le poète dans le sillon d'Henri Michaux livre sa conscience aux drogues exploratrices d'un nouvel état sensible, plus apte à décrire et éprouver les mondes parallèles, comme à critiquer violemment l'impasse de l'Amérique puritaine d'Eisenhower.

Son poème Howl suscite ce titre un beau scandale: jugeant son oeuvre particulièrement obscène, le FBI classe son auteur au nombre des libertaires dangereux, ennemis de l'ordre intérieur. Comme le free-jazz est constitué de courtes scénettes, le poète expérimente dans Reality sandwiches, une écriture fugace, dessinant en épisodes, des tranches de vie et des carnets de voyage.

Ginsberg et Glass composent ainsi le texte nourri des poèmes beatnik qui est à la source d'Hydrogen Jukebox. Il s'agit d'un vaste tableau en 15 scènes, foisonnant et kaléidoscopique dont la charge critique, ironique et lyrique fustige les travers de l'Amérique du nord des années 1950 à 1980.Philip GlassAuteur prolixe, ardent représentant de la musique répétitive, Philip Glass est né à Baltimore, il y a 71 ans.

Passionné par la photographie de Muybridge qui décompose le mouvement, le musicien s'engage aussi à transcrire la musique indienne de Ravi Shankar: l'élève de Nadia Boulanger ne tarde pas à imposer sa propre écriture.
On lui doit nombre d'opéras (une vingtaine à ce jour, depuis Einstein on the Beach, créé en 1976 avec le concours de Bob Wilson et de la chorégraphe Lucinda Child). Aux côtés de Bob Wilson, Philip Glass a aussi travaillé avec David Bowie et Brian Eno. En hommage à Allen Ginsberg décédé en 1997, le compositeur écrit une nouvelle partition engagée d'après son poème Ode au plutonium.

En avril 2008, Philip Glass a créé son dernier opéra au Metropolitan de New Yok, Satyagraha, avant d'inspirer Bartabas et de faire jouer l'une des ses oeuvres, à Paris au Grand Palais, en juin 2008 dans le cadre de l'exposition Monumenta de Richard Serra.Hydrogen: penser le monde...

Hydrogen Jukebox composé avec le poète Allen Ginsberg en 1990, est ainsi créé en France en janvier 2009, du 12 janvier au 5 mars 2009, d'Angers et Nantes à Caen, soit 13 dates événements et 7 villes d'accueil pour une tournée mémorable.

« Lorsque je créais des pièces musicales à caractère social, j’utilisais souvent des langages inusités, voire obscurs, comme le sanskrit pour Satyagraha, l’égyptien ancien pour Akhnaten, le latin pour The Civil Wars ou juste quelques syllabes et nombres pour Einstein on The Beach. Avec Jukebox, j’ai travaillé avec le langage vernaculaire que nous pratiquons tous. Et la poésie d’Allen semble faite pour cela, car il puise dans les sons et les rythmes qui nous entourent pour façonner son langage poétique, un langage américain qui est logique, sensuel parfois abstrait mais toujours expressif. Fondre langage et musique ensemble apporte un sentiment de puissance, de plénitude sensorielle au sens propre, comme seul l’opéra en procure. » précise Philip Glass à propos de Hydrogen Jukebox.
Pour Allen Grinsberg, l'ouvrage pointe du doigt les éléments qui menacent notre civilisation.

En décrivant tout ce qui complote contre la survie de notre monde, l'opéra délivre en effet un oxygène salvateur: un baume pour maintenir l'humanité hors d'atteinte de ses faiblesses destructrices? : « En définitive, l’objet d’Hydrogen Jukebox, ses fondements, son message secret, est de soulager la souffrance humaine par une prise de conscience aigue des obsessions, névroses et problèmes que nous rencontrons en cette fin de millénaire.

Ainsi ce “mélodrame” est un aperçu millénariste de ce qui se passe, de ce que nous pensons, des nouvelles percutantes des Etats-Unis et du monde. En construisant cette pièce, nous pensions au déclin de l’empire, la chute de l’Amérique en tant qu’empire et même à la destruction de la planète dans les prochains siècles. Nous avons dressé la liste des choses que nous voulions couvrir – Philip et moi ainsi que Jerome Serlin le scénariste, quelques sujets communs.
Il y avait, bien sûr, le Bouddhisme, la méditation, le sexe, la révolution sexuelle. Il y avait la notion de corruption en politique, à la tête de l’état.

On y trouvait aussi des thématiques sur l’art, le voyage, les rapports Orient Occident ainsi que l’écologie, dont tout le monde parlait. Et, bien entendu, la guerre, la paix et le pacifisme. Hydrogen Jukebox serait-il un manifeste ultime préapocalyptique, déroulé en un appel du dernier recours, avant que l'humanité n'implose, avant cette fin du monde qui pourrait bien être son but inéluctable?


Le titre Hydrogen Jukebox vient d’un vers du poème Howl : …listening to the crack of doom on the hydrogen jukebox… (...tout en écoutant le crash apocalyptique d'un jukebox à hydrogène). Cela renvoie à un état de technologie hypertrophiée, un état psychologique dans lequel les gens sont à la limite de leur apport sensoriel face à la civilisation de jukeboxes militaires, face au puissant grondement industriel ou face à une musique qui vous secoue les os et pénètre votre système nerveux, comme le ferait un jour un bombe à hydrogène, en annonçant l’apocalypse », annonce Allen Ginsberg.

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